La publicité : état des lieux

À travers une interview de Grégory Lamesta, créateur de l’agence Graphicstyle, découvrez quelques réflexions originales sur le monde de la publicité.

MM > Quelle est votre vision sur l’avenir du domaine de la publicité ?

La publicité suit le développement logique de l’évolution. Globalement, l’équilibre des civilisations est basé sur le commerce, la publicité est utilisée comme l’outil permettant de vendre les produits que nous inventons ou services que nous développons. L’évolution de nos civilisations étant en constante recherche de progression, les marques sont les maîtres de notre société de consommation et ne sont pas prêtes de s’éteindre. En effet, si nous ne voulons pas régresser, nous sommes obligés de consommer. La publicité a donc encore de beaux jours devant elle.

Nous constatons aujourd’hui que de nouveaux outils publicitaires sont utilisés par les marques et notamment le web qui s’impose de façon croissante comme le média publicitaire indispensable. Cette évolution est naturelle, elle suit les comportements des consommateurs.

Pour résumer, tant qu’il y aura des consommateurs, il y aura de la publicité. Personnellement je pense que la guerre des marques est loin d’être terminée.

MM > Selon vous, qu’est-ce qu’une publicité réussie ?

1 – Je pense qu’une publicité réussie doit attirer l’attention, sinon je n’en vois pas l’intérêt. Certaines marques qui réalisent des publicités standardisées n’ont pas encore compris cela, mais avec le temps, elles y viendront, j’en suis convaincu. Elles font de plus en plus appel à des agences créatives pour se démarquer de leurs concurrents, ce qui est plus que bénéfique. Combien de personnes changent de chaine dès qu’ils voient défiler une publicité sur leur poste de télévision ? De plus en plus, d’après moi, et cela est dû à la standardisation des publicités, il y a un effet de lassitude, les consommateurs sont de moins en moins surpris. Je pense que les anciennes agences de communication perdront leurs clients si elles n’imposent pas de vraies publicités créatives.

2 – Une publicité doit être comprise. C’est fondamental. Mais apparemment toutes les agences ou tous les graphistes n’ont pas compris cela. Combien de publicités ou campagnes de communication voyons-nous sans en comprendre le message ? Bien que je sois professionnel et donc de la partie, certaines publicités diffusées à la télévision délivrent un message très difficile à interpréter. On peut donc se demander comment un téléspectateur non averti pourrait le faire aisément au bout d’un seul passage. Quel serait l’intérêt de réaliser une publicité si celle-ci n’est comprise que par une minorité de consommateurs potentiels ? Les conséquences peuvent être multiples : baisse des ventes, perte d’identification des clients qui ne se reconnaissent plus à travers la marque, etc.

Pour résumer, une publicité efficace doit être créative mais aussi comporter un message clair et audible.

MM > Que pensez-vous des plateformes de créatifs en ligne ?

Je suis contre le « crowdsourcing », cela dévalorise complètement le métier de créatif qui doit avant tout être basé sur le conseil, l’accompagnement avec une vision et un parti-pris du créatif ou d’une équipe. Selon moi, les sites de création en ligne transforment le créatif en produit alors que le travail d’un professionnel est avant tout un service. Le crowdsourcing peut être davantage utilisé par les marques. Cela leur permet d’obtenir de nombreuses pistes créatives gratuitement, et, par la même occasion, de faire parler d’elles. En revanche, pour ce qui est de la créativité, cela n’a aucun intérêt, sauf peut-être pour un étudiant en quête de défi qui a besoin de s’expérimenter. En voyant ces types de nouveaux sites se développer avec facilité, je me pose les questions suivantes : Où sont les limites de la vente de services graphiques en ligne qui mettent en compétition des créations ? Comment conserverons-nous notre niveau de vie avec cette mise en compétition mondiale ?

À plus petite échelle, dans le domaine de la communication et de la publicité, nous sommes habitués à nous voir proposer par des institutions publiques et privées, des compétitions créatives. Les annonceurs demandent à plusieurs agences ou graphistes de réaliser plusieurs propositions autour de leurs projets afin d’en retenir un seul. Ces propositions sont le plus souvent non rémunérées ou alors rémunérées d’un forfait d’une modique somme ne représentant pas le temps consacré sur le projet. Ce fonctionnement est devenu normal dans nos métiers, mais pour quelle raison ? Je pense que cela est dû à la générosité des professionnels de la publicité qui ont pris de mauvaises habitudes.

Après avoir participé à des compétitions créatives à mes débuts, j’ai pu me rendre compte que ces compétitions créatives étaient une mauvaise chose, en imaginant simplement que cette idée soit appliquée pour d’autres activités que le graphisme. Et les résultats sont étonnants.

Exemple 1 : Si j’envisageais de convier des amis autour d’une table dans un restaurant, est-ce que je me permettrais de demander à une dizaine de restaurants de bien vouloir me faire goûter gratuitement leur mets pour en choisir celui qui me plaira le plus ? Bien sûr que non.

Exemple 2 : Si j’envisageais de construire ma maison, est-ce que je me permettrais de demander à une dizaine d’architectes de bien vouloir réaliser les plans gratuitement afin que je puisse choisir celui qui me plaira le plus ? Bien sûr que non.

Exemple 3 : Si j’envisageais de repeindre ma voiture, est-ce que je me permettrais de demander à une dizaine de carrossiers de bien vouloir peindre ma voiture pour choisir celui qui aura réalisé la meilleure prestation ? Bien sûr que non.

Les exemples peuvent ainsi être infinis.

Afin de changer peu à peu les mauvaises habitudes du secteur de la publicité, j’ai choisi de travailler uniquement sur commande. Comme pour d’autres métiers, les clients doivent apprendre à faire confiance, à choisir son prestataire par rapport à sa notoriété, son expérience, ses références et réalisations, son contact commercial.

MM > Pourquoi exercez-vous le métier de graphiste ?

Je pense que le métier de graphiste me correspond parfaitement, il fait partie intégrante de ma personnalité. Je suis créatif, passionné, j’aime les défis et je suis un gagnant. Je pense que ces qualités sont idéales pour exercer ce métier. Être un bon graphiste ce n’est pas seulement faire des « jolis dessins » c’est aussi trouver des concepts, chercher des inspirations dans sa vie quotidienne et surtout trouver des idées pour permettre aux marques de vendre au mieux leurs produits ou leurs services.

MM > Pourquoi avoir choisi le nom Graphicstyle pour votre entreprise ?

Je souhaite un nom simple, explicite et sans prétention. Le nom Graphicstyle a été choisi comme une évidence. Au moment de la création de la marque en 2007, ce nom n’existait pas. Après mon enregistrement, ce nom a été malheureusement copié par un concurrent, une entreprise de signalétique et de flocage de textile, Graphic Style située près de Paris, (site web : www.graphic-style.fr). Il ne faut donc pas confondre nos deux entreprises, la société que j’ai créée, s’écrit GRAPHICSTYLE, sans espace (le site web est : www.graphicstyle.fr).

MM > Pourquoi faire appel à votre agence ?

L’agence Graphicstyle offre de la créativité et de l’efficacité. Contrairement à la plupart des agences de communication, les projets des clients sont pilotés par le graphiste en personne sans l’intermédiaire de commerciaux (ou gérants commerciaux). Ce fonctionnement permet des échanges plus constructifs et surtout plus concrets. Graphicstyle s’applique à être réactif et impliqué dans les projets du client afin d’instaurer un rapport de confiance. L’agence a pour valeur d’offrir le meilleur résultat pour son client en recherchant l’efficacité de ses actions de communication, afin que ses services soient un investissement et non une dépense à mauvais escient.

Graphicstyle s’adapte à tout type d’entreprise et secteur d’activité tels que le sport, la mode, l’industrie, le bâtiment, le cosmétique, la restauration … L’agence s’adresse aux petites et moyennes structures en général, et aussi quelques grands noms comme Go sport, SFR, Keria luminaires …

MM > Qui sont vos collaborateurs ?

Nous sommes une petite équipe d’une dizaine de personnes, constituée principalement de freelances indépendants : Développeurs web, Photographes, Illustrateurs, Rédacteurs, Motion designer, Réalisateur. Ces compétences sont déployées de manière ponctuelle selon les projets. Actuellement, un développeur web travaille en poste au sein du studio. Mes collaborateurs sont de vrais professionnels indépendants, nous travaillons uniquement avec des passionnés dont le talent transparait immédiatement.

MM > Comment sont vos locaux ?

Les bureaux de l’agence sont situés à Seyssins, près de Grenoble, en Isère. Nous occupons un bâtiment d’une zone industrielle dont nous avons recouvert les vitres de couleur rose afin de toujours rester positif (la vie en rose), nous partageons un plateau de 150 m2 avec un de nos clients qui est spécialisé dans la distribution de caméras embarquées pour le sport. Nos locaux sont propices à la création et à l’échange, dès l’entrée, une pièce commune vitrée annonce l’ambiance : un palmier, des chaises longues, des images de surf, des magazines et bien sûr la machine à café. Les bureaux de Graphicstyle sont divisés en deux parties, l’atelier qui est l’endroit ou les créations sont produites, une table à découpe, des bureaux, des I mac et sur les murs quelques stickers pour garder la forme (Labo créatif, Graphicstyle l’atelier, Fresh Ideas, Creative studio, Best design, Hand made …). Le deuxième bureau est le lieu où les réunions se passent, cet espace est composé d’un canapé, de cubes lumineux, de lampes design, d’une table blanc laqué avec un I mac pour les présentations et d’une bibliothèque de livres comme sources d’inspiration. Sur les murs quelques créations colorées de l’agence. Le lieu, grâce à cette décoration contemporaine, est propice à la créativité.

MM > Comment imaginez-vous votre agence dans 10 ans ?

Je n’ai pas de plan stratégique, je ne suis pas un homme d’affaires, je pense qu’il faut faire ce que l’on aime et essayer de le faire du mieux possible. Je recherche seulement la pérennité de mon entreprise et la satisfaction de mes clients.

MM > Un mot sur votre parcours ?

Grégory Lamesta. Fils de photographe et imprimeur typographe, je suis tombé dans la marmite de la création très tôt.

– CAP dessinateur d’exécution en communication graphique, de 2001 à 2003, au « Lycée Andrée Argouges », reconnue pour son expérience dans les industries graphiques
– BAC Pro Communication visuelle à Lyon en alternance avec l’école SEPR et un studio de création graphique spécialisé dans le domaine des sports, de 2003 à 2005, (marques Oxbow, Millet, SunValley)
– Formation d’1 an dans l’univers du web, de la 3d et du multimédia en alternance à l’école supérieure « Aries », Meylan de 2005 à 2006
– De 2006 à 2007, j’ai été recruté par une agence de communication lyonnaise spécialisée dans le domaine de l’immobilier avec des clients comme Cogedim, Bouwfonds Marignan, FRG.
Cette dernière expérience m’a permis de développer de la rigueur dans mon travail en plus de la créativité qui est indispensable pour exercer le métier de graphiste.
– Enfin, en octobre 2007, j’ai décidé de voler de mes propres ailes et j’ai créé l’agence de communication Graphicstyle à Grenoble.

MM > Avez-vous des conseils à donner aux jeunes souhaitant s’orienter vers le métier de graphiste ?

Ce métier doit être fait par passion ; il faut vivre graphisme et créativité avant de devenir un professionnel de l’image des entreprises. Pour réussir ce métier en étant à son propre compte, il faut travailler sans cesse, jour, nuit et week-end. Comme en sport, seule une élite est sélectionnée dans une équipe de première division, et la seule manière c’est un entrainement acharné. Je pense d’ailleurs que ce conseil est valable pour tous les métiers, il n’y a pas de résultat sans travail. Cependant, ce métier est encore plus exigeant que d’autres secteurs car il y a énormément de demandes pour très peu de places. Seuls les meilleurs arrivent à tirer leur épingle du jeu. Un des aspects, souvent négligé par les graphistes, est le commerce, il faut savoir se vendre et vendre ses projets.

MM > Avez-vous déjà travaillé sur des projets atypiques ?

Voici quelques exemples :
– la création d’un logo et le webdesign d’une marque de sexe toys de luxe,
– la refonte de l’identité visuelle pour une importante banque d’Afrique,
– la création d’un logo pour une franchise de produits français vendus en Chine,
– la décoration de boites à biscuits en forme de phare,
– la décoration de machines agricoles pour le ramassage de fruits,
– la création d’une fresque de 12 m x 3 m pour un showroom dans le domaine du médical,
– la création du logo d’un restaurant d’une vedette du foot Français …

MM > Quelles sont vos citations préférées ?

– Simplifier ce qui est compliqué, le rendre extraordinairement simple, ça c’est la créativité. (Charles Mingus, Musicien)
– La véritable création commence là où finit le langage. (Arthur Koestler, Romancier, journaliste)
– L’habit ne fait pas le man (Legitime Processus, Musique)
– Chaque création est unique (Invention personnelle)
– Tout travail mérite du cœur (Christian M, Graphiste)

MM > Un dernier mot pour la fin ?

Je terminerai par un slogan que j’avais proposé à un client : « Les actes sont plus importants que les mots ». Alors bonne visite sur le site www.graphicstyle.fr !

Propos recueillis par Maude Mousslie